PEOPLE ARE BETTER THAN RECORDS, l’ultime combat (pt 22)

Vincent Mondiot, Paris.

Auteur et responsable de l’excellent blog Survivre La Nuit.

A choisi de parler de son amour pour THE GASLIGHT ANTHEM.

image

.

Il y a quelques jours, pour la première fois, j’ai mis en vente sur Discogs certains des vinyles de ma collection. Ou plutôt, « certains exemplaires des vinyles de ma collection ». Ou, non, en fait, plus précisément, « certains exemplaires de certains des vinyles de ma collection ». Merde, ça devient dur à suivre. Faisons donc, si vous le voulez bien, un saut dans le passé. En septembre 2007, plus exactement.

À cette époque-là j’étais surveillant dans un collège des Yvelines. Je me souviens de cette année scolaire 2007-08 comme d’une année heureuse, avec pas mal de bons moments et assez peu de mauvais. J’aimais bien mon boulot, j’aimais bien les gens avec qui je le faisais, j’écrivais beaucoup, je lisais pas mal aussi, et puis surtout, du fait que, pour la dernière année de ma vie, je vivais encore chez mes parents, je pouvais sans aucune culpabilité faire partir tout mon salaire en disques. Je passais des heures sur Internet à commander des démos de groupes inconnus, à écouter des nouveaux trucs. Je cliquais sur tous les liens de toutes les pages Myspace (2007, bitches !) qui passaient sous ma souris et, simplement, je poursuivais mon auto-éducation musicale.

C’est sur ce chemin que j’ai croisé pour la première fois THE GASMIGHT ANTHEM, alors simple petit quatuor du New Jersey. Sink Or Swim, leur premier album, venait tout juste de sortir, ce n’était pas encore la next big thing du rock américain et j’avais simplement accroché à ce que j’avais entendu sur leur page, alors j’ai commandé leur album, comme ça, parmi d’autres, sans en attendre plus qu’un bon moment musical susceptible de m’accompagner quelques jours dans le bus qui m’amenait alors chaque jour au boulot.

Entre septembre et février, j’ai dû écouter ce foutu disque au moins une fois par jour. Véritable coup de foudre musical, comme je n’en avais pas vécus depuis ma découverte de THE ATARIS plusieurs années auparavant. Un mélange unique à mes oreilles de punk-rock et de rock traditionnel américain, avec des paroles géniales et un sens de la mélodie ouvertement inspiré par Bruce Springsteen. J’ai appris par cœur les paroles, j’en ai recherché tous les sens cachés, j’en ai exploré toutes les références. J’ai lu et relu les notes de la pochette, j’ai téléchargé des démos sur internet… Bref, je suis devenu fan.

En février est sorti leur EP, Senor And The Queen. Seulement quatre titres, mais qui m’ont fait le même effet, sinon plus, que la douzaine de Sink Or Swim. Fonction repeat tant sur mon lecteur mp3 que dans mon cerveau, l’EP et l’album ont occupé mes oreilles jusqu’aux vacances d’été. Et c’est durant celles-ci, en août plus précisément, qu’est sorti le deuxième album du groupe, l’ultime The ’59 Sound. Un disque qu’encore aujourd’hui je place sans avoir besoin de réfléchir dans le top 5 de mes albums favoris tous groupes confondus. Douze chansons, douze tubes absolus, encore des paroles à t’arracher le cœur pour te le faire manger, des mélodies à la fois classiques et susceptibles de faire se mettre à genoux même les plus endurcis des auditeurs de rock américain… Dans ce disque il y avait tout ce que je voulais entendre, tout ce  que je voulais qu’on me dise, tout ce que j’avais toujours attendu de la musique, tout ce pourquoi j’écoutais du rock. C’était de la dépression musicale, de l’espoir, des sourires amers et des larmes joyeuses. C’était The ’59 Sound, c’était l’été 2008, c’était moi, c’était mon départ de chez mes parents, c’était une fille que j’appréciais beaucoup, une ville que je quittais, une infinité de possibles qui s’ouvrait à moi. C’était le soleil couchant qui, sur les champs qui entouraient ma ville d’adolescence, baignaient les blés de rayons orange qui tous semblaient me dire au revoir tandis que dans mes oreilles Brian Fallon me chantait « But you know the summer always brought in / That wild and reckless breeze / And in the backseats we just tried to find / Some room for our knees / And in the backseats we just tried to find some room to breathe ».

Cela dit, bon, là je fais le poète romantique, mais en vrai y avait une face plus honteuse à ma passion pour ce groupe… Y avait les heures et les heures passées sur Ebay dans le but d’acheter toutes les éditions possibles de leurs disques.

Ouaip. J’étais avec THE GASLIGHT ANTHEM ce genre de fan. Le mec qui achète dix versions du même disque histoire d’avoir toutes les couleurs possibles de vinyle et toutes les pochettes spéciales. J’ai dépensé autant de temps que d’argent là-dedans, et jamais je ne l’ai regretté. Pas même lors de la sortie du troisième album, American Slang, violemment moins bon que leurs productions précédentes. Pas même, juré, lors de celle de Handwritten, le quatrième album, qui a enfoncé le clou de la tiédeur et de l’inintérêt. Non pas que ces disques soient mauvais, mais simplement, la magie en a disparu.

Aujourd’hui, six ans après The ’59 Sound, six ans après être parti de chez mes parents, je me l’avoue sans la moindre douleur : THE GASLIGHT ANTHEM appartient désormais au passé, au moins pour moi. Lorsque vous lirez ce texte, leur cinquième album viendra juste de sortir, et je n’en ressens pas le moindre début d’excitation. Oh, j’aime toujours The ’59 Sound à la folie, je considère toujours que c’est l’un des tous meilleurs disques de la première décennie des années 2000, mais… Hé bien, voilà, c’est tout. Du temps a passé, de nouveaux groupes sont apparus, et THE GASLIGHT ANTHEM n’est plus aujourd’hui « mon groupe favori ». C’est juste un groupe qui fait partie de mon histoire, de mes souvenirs, de mon passé.

Et mon présent, lui, il crie un peu famine, comme le démontre avec une certaine maestria picturale la superbe photo qui accompagne cet article. J’ai besoin d’argent. Pas de beaucoup, hein, je ne suis pas à la rue ni rien, mais simplement, quelques centaines d’euros feraient du bien à mon compte en banque.

Alors, l’autre jour, j’étais assis chez moi et je regardais mes disques, et j’ai vu ces tranches, cette dizaine de tranches toutes similaires, qui toutes me disaient Sink or Swim, ou The ’59 Sound, et tous ces singles en éditions limitées, et je me suis dit… Ok, c’était chouette. Je me suis amusé à collectionner tout ça. Je ne le regrette pas. Mais… Aujourd’hui ça n’a plus beaucoup de sens de les garder.

Alors ouais. La semaine dernière, j’ai mis en vente sur Discogs une partie de ma collection THE GASLIGHT ANTHEM, ne gardant pour moi qu’un exemplaire de chaque disque. Le reste fera peut-être des heureux à travers le monde et rendra le sourire à ma banquière. Ou pas. Si ça se trouve, très peu trouveront preneur.

Et d’une certaine façon, alors que j’ai passé un temps considérable à bricoler des cartons pour envoyer les quelques premiers disques qui sont partis, hé bien, je l’espère un peu. Que personne ne sonne à ma boîte mail, et que mes disques restent chez moi à prendre la poussière les uns à côté des autres. Parce que même si aujourd’hui THE GASLIGHT ANTHEM ne signifie plus énormément pour moi… C’était l’été 2008. C’était le soleil couchant sur les champs. C’était eux et moi. C’est encore et toujours la bande-son de souvenirs agréables. Une collection qui me rappelle une époque révolue. La musique reste, et les objets qui la transmettent se chargent d’un certain pouvoir d’évocation.

Merde. J’ai plus envie de les vendre, d’un coup…

Va te faire foutre, Florian !

PEOPLE ARE BETTER THAN RECORDS, l’ultime combat (pt 21)

Hervé Jaquemin, Metz.

Source d’inspiration pour tous les amoureux/ses de musique en Lorraine.

A choisi l’album Heavy Horses de JETHRO TULL.

image

.

J’ai essayé.

Je te jure, j’ai essayé.

Mais j’y arrive pas.

Pourtant j’en écoute, des disques récents (voire très récents), et il y en a beaucoup qui me procurent toujours de belles émotions et me donnent envie de fouiller, encore et encore.

Mais en parler ?

En dire des trucs intéressants, et pointus, et pertinents ? Je laisse ça aux FS, OY, GMT, JG, FC et autres bloggeurs qui s’en acquittent à merveille.

Tu vas donc prendre une quatrième couche de souvenirs insipides autour d’un disque que t’as ptet jamais écouté et dont tu te fiches comme de ton premier lecteur MP3.

La conclusion est la même que pour mes trois précédentes contributions : un disque, c’est comme une boîte de chocolat,et tu connais la suite parce que le film, lui, tu l’as vu et aimé comme moi, je suppose. Donc t’es pas obligé(e) de continuer à me lire.

En 1978, je suis un geek de quinze ans : je fais des maquettes en écoutant de la musique, enfermé dans ma chambre (et j’ai aussi de grosses lunettes et les cheveux gras, sinon c’est pas drôle).

(et de temps en temps un gros chtar sur le pif ou le front)

Pendant ce temps-là, mes potes branchent des filles du bahut et cruisent en 103 Peugeot. Je lis de temps en temps Rock&Folk ou Best et flashe plus sur des pochettes, des looks ou des tronches que sur les articles qui me sont quelques fois trop hermétiques malgré mon Q.I. de (je te laisse mettre un chiffre).

J’ai une manie. Pas honteuse, mais un peu quand même : j’y découpe les photos des disques qui m’attirent et les colle dans un petit carnet à spirale (oui, Sheller je l’aime bien aussi). Et quand je les ai enfin en chair et en os, j’y recopie les tracklists et mets une note à chaque chanson, sur la base de divers critères. Pendant ce temps-là, mes potes, qui ont aussi des calepins, y notent leurs nanas sur la base de divers critères ou les astuces pour kiter leur mob et les qualités intrinsèques des divers accessoires (pour les mobs).

Je ne l’ai plus, ce carnet. Et cette manie m’a enfin quitté, mais j’ai encore presque tous ces disques.

Au départ, je voulais te parler de From The Inside d’Alice Cooper mais çà faisait trop opportuniste. Le Hotel California des EAGLES, tu me l’aurais jeté à la tête (et le vynile, ça peut couper). Et vu mon état de décrépitude avancé, une cicatrice de plus ça aide pas à lever les nanas du bahut. Du coup, j’ai jeté mon dévolu sur un disque acheté encore une fois sans en avoir entendu un seul morceau avant. La pochette correspondait totalement à mon imaginaire, à mon monde intérieur (enfin, au moins à l’un des deux) et à l’époque où j’aurais aimé vivre, auprès d’un clone de Beatrix Potter ou entouré de la bande du Vent Dans Les Saules. J’avais déjà lu l’intégrale de Sherlock Holmes, adorais le tweed et tout ce qui sentait la perfide Albion, rêvais de cheveux encore plus longs et, soyons fous, de quelques poils au menton. Il était donc inévitable que je craque sur Heavy Horses de JETHRO TULL : un disque qui sent bon le feu de tourbe, le whisky tourbé, la bruyère vagabonde, le mélange de Virginia et de Burley, le kilt qui gratte les burnes et les croquenots embourbés.

Et la pluie aussi.

A peine posé sur le tourne-disque, premières impressions mitigées.

J’avais été sevré par les BEATLES, et donc plus habitué aux couplet-couplet-refrain-couplet-refrain-refrain qu’aux volutes et circonvolutions progressives. Là, çà partait dans tous les sens avec des intruments non identifiés, une voix nasillarde et plein de rebondissements pour parfois finir de manière surprenante. Qui d’autre, à l’époque, chantait les vagabonds, les nénuphars, les phalènes, les girouettes, les chevaux de trait, les petites souris brunes, les charettes et tout çà en buvant du thé même pas aux herbes au coin d’un feu de camp ? Y’en fallait pas plus pour que j’en tombe raide dingue.

J’ai même essayé de me tenir sur une seule jambe en jouant “Mon Ami Pierrot” à la flûte à bec en cours de musique (ça m’a pas aidé à emballer les meufs du lycée).

Je l’ai tellement aimé, ce disque, que je l’ai prêté à un pote en 1980 mais ne l’ai jamais revu (ni le disque, ni le pote… Enfoiré de JPC). Je l’ai offert en CD à un autre pote vers 1996, que je ne vois plus depuis (enfoiré de BL). Je me le suis re-offert en CD aussi vers 2010 mais c’est pas à toi que je vais expliquer que c’est pas pareil.

Et puis il y a quelques mois, je fais un saut à la Face Cachée (tu connais ?) pour claquer une bise et, mû par un instinct bizarre, je vais fouiller dans les cheapos en me disant “Tiens ils auront ptet le Heavy Horses”.

Tu me croiras jamais.

Troisième disque du premier bac que je digge !

Comme quoi, ma sempiternelle conclusion s’impose à nouveau d’elle-même : ce sont les disques qui te trouvent.

Laisse venir.

image

PS : je te rassure, depuis je me suis dégeeké… Enfin, je crois…

PS1 : la (presque) première nana que j’ai branchée, je l’ai épousée. Mais on m’a volé ma 103 SP en 1981.