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DOING IT YOURSELF IS A TOUGH BUSINESS (pt 9)
Je ne connais pas du tout Matthias mais une chose est sûre, comme il le dit si bien dans l’entretien qui suit : lui et son label Throatruiner sont partout. J’ai donc voulu en savoir plus en le faisant participer à cette petite expérience d’interview communautaire. Les réponses sont intéressantes à lire, surtout si l’on se garde de tout préjugé à l’encontre du jeune homme.
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Peux-tu nous présenter la distro et la/les personnes qui se cachent derrière ?
Throatruiner Records, label et distro majoritairement hardcore crassou qui existe maintenant depuis pas loin de deux ans, je crois. Faudrait que j’aille voir sur la défunte page Myspace pour l’extrait de naissance. Et planqué derrière, moi-même, Matthias Jungbluth, vingt-trois ans, vivotant actuellement sur Saint Brieuc. Personne d’autre parce que le travail d’équipe c’est pas très black metal.
Comment et pourquoi as-tu commencé cette activité ?
J’ai passé quatre ou cinq ans à entamer des études dont j’avais rien à battre et qui ne me menaient nulle part. Je me suis donc dit que, quitte à en chier toute ma vie, autant que ce soit en faisant des trucs marrants. Et la seule chose qui m’intéresse, c’est la musique, donc ça a été vite vu, fallait que je sois acteur dans tout ça. Ca tombe bien, j’en pouvais plus d’être passif. J’avais un peu de thunes de côté, un taf alimentaire me laissant pas mal de temps libre, de la motivation et un maigrichon carnet d’adresses que je m’étais fait en chroniquant, ça m’a suffi pour me lancer.
Quelle est la proportion entre les formats ? Est-ce que celle-ci a évolué avec le temps ? Si oui, pourquoi ? Quel est le format que tu privilégies aujourd’hui ?
Au départ c’était selon le budget et les opportunités, en essayant de rester quand même majoritairement axé microsillon. Après, quand t’as pas trop de thunes et que tu débutes, sortir du vinyle pour un petit groupe, c’est quand même cent fois plus chiant que de sortir un CD : pas moyen d’en faire en petite série, ça coûte une couille, faut trouver des coprods en en suppliant certains pour qu’ils te prennent plus de vingt-cinq copies… Bref, la misère. Mais ça fait partie du jeu. En tout cas de mon côté, les sorties uniquement CD, c’est désormais terminé, c’est plus vraiment un format sur lequel je souhaite travailler. Trop facile, justement. Pareil pour la distro, maintenant je prends plus un seul CD, à l’exception des autres sorties des groupes Throatruiner. Pour une simple et bonne raison : ça part pas.
Qu’apporte l’activité label à l’activité distro ? Sont-ce deux activités bien distinctes ou bien les veux-tu interconnectées ? Y a-t-il aujourd’hui une activité que tu privilégies par rapport à l’autre ?
Je me considère avant tout comme un label. La distro passera toujours au second plan, même si je la développe de plus en plus. Ce sont deux activités qui ne demandent pas du tout le même taf : entre t’investir durablement et à divers niveaux dans un groupe, et commander/échanger quelques trucs que t’aimes bien pour les distribuer, le challenge est pas vraiment le même. Après, ça reste interconnecté ouais, la distro suit plus ou moins la même ligne directrice que le label mais en brassant un peu plus large, et ça reste des disques qui me plaisent un minimum.
Sur RABTP on aime surtout parler vinyle. Parlons donc vinyle. Avant le revival industriel de 2007, la distro était considérée comme l’un des derniers bastions de défense d’un format alors tombé en désuétude. J’aimerais que tu me parles de ton rapport avec celui-ci, de la première fois que tu as écouté un vinylee jusqu’à aujourd’hui.
Haha, bah c’est justement en 2007 que je m’y suis mis, en fait. Pas de parents mélomanes, pas de potes aux affinités musicales proches, pas de scène locale, pas de concerts à cent bornes à la ronde, juste une adolescence aux grandes heures d’Emule en guise d’initiation musicale. Et le jour où je me suis rendu compte que ce serait bien de soutenir les groupes, ne serait-ce que pour avoir du concret entre les mains, je me suis dit que, quitte à claquer mes billes dans un format physique, autant le faire dans le plus classieux et le plus durable. Le vinyle, donc. Après, pour être honnête, je joue pas les born again non plus, le peu de vinyles que j’achète, c’est vraiment pour la collection, derrière c’est souvent les mp3 qui tournent. Comme tu peux le voir, pour les souvenirs nostalgiques, faudra donc repasser. Question de parcours.
Que penses-tu de ce revival et de tout ce que cela implique (inflation, sorties de plus en plus nombreuses et régulières, etc) ?J’étais pas là avant donc pas vraiment moyen d’avoir de recul là dessus. Après, c’est sûr que je vois de plus en plus de groupes qui se foutent de sortir une version CD et se focalisent sur le vinyle, chose moins commune il y a encore peu de temps. Niveau inflation, effectivement, presser du vinyle, même avec un packaging sans fanfreluches, c’est de plus en plus reuch et de gros risques niveau thunes, et vu la masse de sorties c’est vraiment Bagdad pour vendre plus de cinquante copies. Et en tant que label, essayer de se distinguer dans cette masse, c’est extrêmement compliqué. Après, côté public, je vois de plus en plus de “jeunes” (entre guillemets parce que je suis pas vraiment plus vieux) qui profitent de leur découverte de genres plus confidentiels pour switcher du CD (ou du mp3) au vinyle. Si hype il y a, à la limite tant mieux hein, de voir des gamins au passif musical très douteux six mois avant et qui se mettent à m’acheter des trucs un peu plus sales en 12’, ce serait d’une, d’oublier que j’ai été comme ça quelques années plus tôt (j’ai quand même un dragon tribal tatoué sur le biceps et une cicatrice de piercing à l’arcade en guise de stigmates, hein) et de deux c’est quand même super encourageant de voir un peu de sang neuf, vu qu’on est dans des scènes où les auditeurs ne sont rarement qu’auditeurs.
La pseudo-crise du disque a-t-elle eu un effet sur ta distro et ton label ?
Là encore, j’arrive après la non-bataille. Après, mater dans le rétroviseur ça m’intéresse pas. C’est là-dessus que les labels et les groupes ont une carte à jouer, en regardant droit devant au lieu de pigner parce que leur musique se retrouve sur deux-cent blogspots. Si j’avais pas la non-envie de me foutre à dos tous les labels que je peux distribuer, je rajouterais des liens de téléchargement derrière chaque disque en distro, c’est quand même le meilleur vecteur de découverte aujourd’hui. Y’a douze milliards de disques qui sortent tous les mois, les gens téléchargent et se font leur propre avis. Plus personne ou presque n’achète sans avoir fait tourner le disque un petit nombre de fois. Les gens qui veulent soutenir le groupe se pointeront aux concerts et achèteront un disque ou un t-shirt, ceux qui voudront soutenir le label achèteront directement chez lui. Y’a désormais plus de militantisme qu’autre chose dans l’acte d’achat.
Penses-tu que le vinyle est un format adapté au(x) style(s) de musique que tu privilégies ?Je saurais pas expliquer pourquoi de manière claire, mais oui.
Quel te semble être l’avenir du format (court, moyen, long terme) ?Dans les scènes indés, je pense que le vinyle va continuer à devenir prépondérant et que les sorties CD qui subsisteront se feront en micro série. Hype récente ou pas, la tape devrait pas mal bouffer le CD aussi, ça me semble le format idéal pour démos, lives et autres trucs un peu roots qui auraient du mal à partir si pressés à cinq-cent exemplaires, et au support beaucoup plus customisable que le CD. Bref je lisais justement une interview d’un des gars de SKIN LIKE IRON l’autre jour, qui synthétisait pas mal mon point de vue à ce niveau-là :http://www.scenepointblank.com/features/interviews/skin-like-iron
A moyen et long terme, m’est avis que le format 7” va devenir un luxe, surtout pour les groupes qui débutent et ont pas des masses d’occasions de jouer à droite à gauche. Et que les groupes/labels se casseront de plus en plus le cul à faire de beaux objets à valeur ajoutée.
Aimerais-tu vivre de l’une de ces deux activités ?
Ça a toujours été l’objectif avoué en fait. Je sais à quel point vouloir faire son beurre dans le hardcore est un sujet plus ou moins tabou. Après, j’estime que quand tu consacres le plus clair de ton temps et ton énergie à un truc aussi bouffant et ingrat qu’un label, y’a aucun mal tant que les priorités sont les bonnes. En l’occurrence, sortir des trucs qui me font bander et aider des groupes que j’aime à obtenir la reconnaissance qu’ils méritent à mes yeux. Si ça marche, tant mieux. Si ça marche pas, ça fait chier mais c’est le jeu. Tant que les groupes sont contents du taf que je fournis pour eux et que je perds pas trop de maille, tout va bien. Après, la gestapo du DIY peut continuer à se pigner sur le fait que je vende un 12’ plus de 10 euros ou que je spamme la moitié de l’Internet, c’est pas comme si je faisais ça pour eux.
Y a-t-il des disques que tu regrettes d’avoir sorti ou distribué ? A contrario, y a-t-il des disques dont tu es particulièrement fier ? D’ailleurs, quels critères privilégies-tu dans la distribution et la sortie d’un disque ?
Je crois que le label est encore trop frais pour avoir de vrais regrets à formuler, en tout cas pour l’instant je suis plus que satisfait de la progression du bordel, surtout en étant parti de zéro il y a à peine deux ans. Après, ouais, avec le recul je regrette de pas avoir pu bosser mes premières sorties plus efficacement, inexpérience oblige, même si j’ai toujours fait en fonction de mes capacités. Et c’est plus une question d’opportunités et de calendriers qui convergent, mais les quatre dernières sorties du label évoluent plus ou moins dans la même micro-niche, si j’avais pu j’y aurais intercalé des sorties un peu différentes. Mais pas eu d’opportunités bien émoustillantes.Au rayon des fiertés, probablement les albums d’AS WE DRAW et BIRDS IN ROW. Puisqu’en plus d’avoir eu des retombées qui n’en finissent pas de me faire halluciner un peu partout et d’avoir fait grimper le label d’un bon cran, ce sont des potes avant tout. Et en plus de ça, deux des groupes les plus impressionnants dans leurs genres que je connaisse. Et ça fait chaud au cœur de les voir prendre des galons petit à petit. Ensuite, je rajouterais PLEBEIAN GRANDSTAND et NESSERIA qui, sans chauvinisme aucun, fument 99% des groupes de leur genre signés sur de gros labels. Quand ces derniers se réveilleront-ils?
Dans mes critères de sortie d’un disque, en dehors de l’adhésion à 200% à la musique, je recherche de plus en plus des groupes qui savent se bouger d’eux-mêmes. Parce que sortir un album, le promouvoir correctement, ce sont des semaines de taf en amont, donc c’est assez appréciable d’avoir un groupe qui puisse faire vivre sa musique en parallèle, en ayant des concerts régulièrement et cie.
Niveau distribution je sais que je deviens de plus en plus chiant. Je ne chope plus que des trucs qui me touchent un minimum et que j’ai une chance de vendre. Surtout du 12’, et sortis sur des labels étrangers. Je vends à 99% sur l’Internet, et quitte à raquer les frais de ports, les gens préfèrent choper des skeuds à la source. Par le passé je sais que j’ai été plus souple sur ce que je prenais en distro, mais c’est jamais marrant de te rendre compte que ça verra probablement jamais d’autres étagères que les tiennes.

Qu’est-ce qu’une bonne collection de disques, pour toi ?Une collection dont j’aurais pas envie d’en refourguer la moitié d’ici quelques années. Comme dit plus haut, j’ai une collection qui fait pas mal “petit chibre” pour un mec qui deale du microsillon. J’y ajoute uniquement des disques qui ont vraiment représenté quelque chose pour moi à une époque, qui m’ont apporté personnellement, d’une manière ou d’une autre. J’essaye de considérer ma discothèque comme une sorte d’album photo. Que tel ou tel disque a joué un rôle pour moi lorsque je l’écoutais en boucle à telle ou telle période de ma vie.
Quels sont les disques qui reviennent régulièrement sur ta platine dernièrement ainsi que ceux que tu évites de jouer à tout prix ?Dans ce que j’ai pu acquérir en LP ces dernières semaines, les derniers 12’ de PULLING TEETH, TOUCHÉ AMORE, SALVATION et THOU. Rien de vraiment décevant à côté, dans ces cas-là j’achète pas. Pas de place pour les faibles.
Quel est/sont le/les disque(s) que tu rêverais de sortir ?A l’heure actuelle, en vrac, des groupes comme DEAD IN THE DIRT, KICKBACK, CELESTE, STARKWEATHER, THE BODY, THOU, TERRA TENEBROSA, ALUK TODOLO, IMPETUOUS RITUAL ou Chelsea Wolfe. Toujours plus loin dans le festif.
Merci d’avoir pris le temps de répondre à ces questions. La traditionnelle blague de fin.J’ai rarement l’occasion de causer de ce que je fais, donc merci beaucoup pour l’interview. En revanche, vu que je suis un mec chiant aux blagues chiantes, je préfère relayer celles que je reçois :
“Salut, je suis étudiant à l’ESRA, section ISTS en fin de deuxième année. Je voulais savoir si tu prenais des stagiaires cet été (j’aimerais approfondir mes connaissances en production, de plus les artistes que tu produis sont piles dans mes goûts musicaux, c’est donc ton entreprise qui m’intéresse le plus). Merci d’avance pour ta réponse !”
Publié le octobre 25, 2011 with 6 notes ()
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