MUSIQUE FROIDE POUR NUIT GLACÉE

Alrealon Musique m’avait déjà fait l’honneur et la joie d’envoyer quelques disques lorsque je pratiquais la critique musicale à la chaîne du temps de mon ancien blog, le bien détesté Record Reviewers Are Pretentious Assholes. Je disais souvent du mal et parfois du bien des oeuvres que je recevais. Certains groupes appréciaient, d’autres pas. Je me faisais à l’occasion ouvertement engueuler ou menacer. Ah ça, c’était le bon vieux temps. Aujourd’hui, étant donné la nature même de Records Are Better Than People, je me mets à l’abri de ce genre de désagréments. Mais, du coup, les groupes et labels n’osent plus rien m’envoyer en promo. C’est triste mais probablement l’ai-je bien mérité. Heureusement, la maison expérimentale anglaise n’a jamais eu froid aux yeux et continue à m’abreuver de bonnes sorties. La dernière en date réunit deux artistes aux univers singulièrement parallèles.

FluiD est l’alias qui permet à Christophe Gilmore de faire de l’ambient. Dans la vie, ce bouillonnant américain originaire de Chicago et dans le paysage depuis 1998 est un hyperactif musical, tapant dans des styles aussi divers que le hip-hop, le métal avant-gardiste ou la musique de film. Sur ce split, celui-ci s’adonne à la création de textures sonores répétitives et progressives rythmées par les seuls battements de son coeur. Trois titres pour quelques douze minutes d’apnée en apesanteur. Si Plague te colle la tête sous l’eau et t’offre la contemplation de cathédrales aquatiques en construction, Forewarning est là pour te ramener à la surface et t’isoler dans une bulle d’air viciée. Souviens-toi d’Event Horizon. Dans l’espace, personne ne sera le témoin de ta folle gangrène mentale. 

JOHN 3:16 aka Philippe Gerber (ancien guitariste des sous-estimés HEAT FROM A DEAD STAR) occupe l’autre face de ce split et revient avec deux titres sublimes. Son doom électronique n’a eu de cesse d’évoluer depuis ses débuts en 2007. Les comparaisons d’alors avec FEAR FALLS BURNING et MY BLOODY VALENTINE sont toujours d’actualité aujourd’hui, si ce n’est que ces deux morceaux sonnent plutôt à mes oreilles comme une version postrock d’un morceau instrumental de CEREMONY joué au ralenti. Les mélodies flottent dans l’air comme autant de particules en suspension. Les basses tremblent et emplissent le spectre spatial. Les rythmiques sont tapies dans l’ombre, discrètes mais bien présentes. Procession sonore aussi funèbre que passionnante, le diptyque composé par God Is Light et Toward The Red Sea s’impose à l’auditeur comme un petit chef d’oeuvre d’étouffement musical. Un de plus à mettre à l’actif du guitariste ténébreux.

Bördö/Pörtländ, même combat. Marrant comme ces deux villes s’écoutent et se répondent sans véritablement se connaître. Une poignée de passionnés au départ. Une constante réinvention des tenants et autres aboutissants de la musique punk. Du crust au rock en passant par la cold-wave. Dans le cas qui nous intéresse. KALTE LUST. Des membres de GASMASK TERROR (les rois incontestés du D-Beat suédois à la Française) et WARNING//WARNING (raw noise punk aux yeux bridés) s’acoquinent avec une jolie demoiselle faisant office de prêtresse vaudou cyberpunk. Une banshee, au sens propre (ses cris inhumains sur The Path me font véritablement froid dans le dos) comme au figuré. C’est vrai que la première réaction à l’écoute de ce Somewhere Outside The Circle c’est “putain qu’est-ce que ça ressemble à SIOUXIE !”. Oui oui, il y a de ça, mais je ne crois pas que le trio nie quoi que ce soit. Et les connaissant un peu, je pense qu’il y a aussi d’autres influences plus obscures là-dessous. Perso, ça me fait penser à un DREAM 6 sous perfusion CRISIS. Si tu vois pas ce que je veux dire, c’est pas très grave. J’aime beaucoup la dynamique créée entre la batterie (c’est la foire aux roulements, Stephen Morris et Luke Rendall peuvent en être plutôt fiers) et le synthé (grim frost bitten Yamaha), guitares et basses rajoutant un feeling typiquement post-punk anglais (à la THE OPPOSITION du premier album). Des morceaux très rock côtoient des expérimentations bruitistes et des plages limites planantes. En huit titres addictifs, le trio bordelais parvient à balayer assez adroitement un spectre musical pas si évident que ça à maîtriser. C’est un joli petit tour de force, un bel exercice de style, un disque formidable de plus à découvrir. 

.

RETOUR


Notes

  1. danglrty a reblogué ce billet depuis recordsarebetterthanpeople
  2. john316john a reblogué ce billet depuis recordsarebetterthanpeople
  3. blacksaturn7 a reblogué ce billet depuis alrealonmusique
  4. recordsarebetterthanpeople a publié ce billet